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D IWAN LEMAIRE

 

 

 

 

 

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Jeudi 12 octobre 2006
LA DOULEUR EPINGLEE
Mon premier souvenir sur cette terre remonte à l’âge où je ne savais pas encore marcher, ni parler vraiment. Je disposais seulement de quelques mots. J’avais probablement entre un an et un an et demi. Ma maman, cet ange préposé à ma délectation était,  pour le monde que j’étais, le ciel incarné. Cette belle femme, n’était à cette époque qu’un visage plein d’amour penché sur moi. Couronné par une longue chevelure, il était la douceur même. Il y avait aussi ses mains qui me parcouraient le corps pour, me laver, me sécher, m’enduire de crème, me saupoudrer pour me maintenir au sec, soulager les gerçures et surtout faire des guilis-guilis. L’instant le plus délectable était précisément ce moment ou chaque matin, je me retrouvais couché sur une couverture, avec cette lune souriante et couronnée au-dessus de moi. C’était l’instant ou je me réveillait d’un monde où j’avais disparu un moment, pour ouvrir les yeux sur celui des soins et des gouzis gouzis. Ils me mettaient véritablement dans un état extatique. Je riais à gorge déployée.
Je me souviens que ma mère, ramenant ses cheveux vers l’avant, les faisaient s’écrouler en cascade sur moi. Ils devenaient la source de délices, décuplés lorsque ses mouvements de tête accentuaient par vagues les chatouillis sur tout mon corps.
La séance qui prenait toujours fin par la pose d’un nouveau lange, fut marquée un jour par une douleur aigue insupportable. Je mis à hurler. Ma mère tenta vainement de me consoler en se demandant ce qui pouvait bien me mettre dans un tel état. Il m’était impossible de m’exprimer. J’étais furieux contre elle, qui ne comprenait pas ce que je voulais dire. Je lui jetais des regards rageurs. Mais rien n’ y faisait, elle ne comprenait pas que j’avais mal et qu’elle devait soulager ma douleur. Je me sentais impuissant et dépendant.
 
Ce fut là les premières émotions, liées aux premières divisions du monde « le moi-Maman », en deux parties ou en deux mondes, « Celui du moi et de maman ». Ce premier hiatus dans la communication, eut probablement sur moi une influence sur la confiance relative que je fis plus tard aux femmes en général et à certaines femmes en particulier.
Mes pleurs étant devenus spectacle intermittent, elle fini par me mettre au lit. La douleur s’était atténuée, ou bien je commençais à m’y habituer.
 
Je dormi fiévreusement, et me réveillais avec une sourde douleur, qui se traduisait par une chaleur brûlante au bas du ventre. Quand je bougeais la souffrance devenait tiraillante. Mes cris reprirent et ma mère accouru. Elle me pris dans ces bras, me berça un moment puis décida de vérifier si j’avais fais pipi. Je me souviens de sa confusion et de sa consternation, lorsqu’elle s’aperçu qu’elle avait épinglé ma peau avec le lange. Elle défit ce qu’elle avait fait. Ce fut un soulagement immédiat, un bien être total venant conjointement de la disparition de la brûlure, et le fait de savoir que Maman s’était aperçue de son erreur. Elle m’aimait donc et n’était pas indifférente.
SOIXANTE ANS s’écoulèrent. Ma mère devait avoir QUARE VINGT CINQS ANS passé.
Je me trouvais à côté d’elle en train de vaquer à ses occupations, dans la cuisine. Nous bavardions.
 
 
Abruptement, je lui posais la question :
- Maman, te souviens tu que lorsque j’était encore bébé, tu m’a épinglé la peau avec mon lange ?
Stupeur et tremblement, comme dirait Amélie Nothomb. Ma Mère, rougit, me regarda en coin et confuse, bredouilla :
-         Quoi, tu t’en souviens mais ce n’est pas possible… Tu étais trop petit. Tu ne peux pas te souvenir de cela ?
Amusé par son embarras, j’insistais.
-         Si, maman, comme si c’était hier.
Alors, ce fut vraiment étonnant et émouvant de voir cette vieille dame se tourner vers moi implorante et me dire :
-Oui, c’est vrai, je m’en suis voulue beaucoup. Je n’en ai jamais parlé à personne. J’avais honte. Est-ce que tu me pardonnes ?
 
Je ne me serais jamais souvenu de cette période de l’enfance ou les souvenirs se diluent dans le rêve, si cette douleur n’était venue les encrer dans ma mémoire. Ce qui me fait dire que la douleur, bon gré mal gré est une sorte de passage obligé pour l’accrochage des émotions à la mémoire et l’ouverture de la conscience.
 
par IWAN LEMAIRE - Travaux artistiques - Articles publié dans : Mémoire du passé
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Vendredi 28 juillet 2006
 

Mon Premier mini récit

(Les mini récits furent conçus par l’hebdomadaire SPIROU ; Ils consistaient en une série de mini pages, imprimées dans un certain ordre sur les deux faces des deux pages centrales. Le lecteur, n’avait plus qu’a plier les deux pages selon des pointillés, pour obtenir un petit livre minuscule, dont chaque page devait être ouverte au coupe-papier.

 Comme je l’ai expliqué dans un de mes précédents articles, On peut lire mon premier mini récit « QUI S’ Y FROTTE S’ Y PIQUE »

sur le site :  http://coffre-a-bd.com

 

Personne ne peut imaginer à quel point, cette petite histoire d’un peu plus de trente pages, fut accouchée dans la douleur.  

C’était l’époque  de la galère et des vaches maigres. Je vivais à Bruxelles et je voulais dessiner dans des hebdomadaires  comme Spirou et Tintin depuis longtemps, mais je me heurtais  depuis un certains nombres d’années à un refus catégorique des directeurs artistiques qui trouvaient que mes dessins humoristiques avaient une facture agressive, qui s’adressaient aux adultes plutôt qu’aux enfants. Mes dessins, disaient ils, étaient grinçants, ce qui d’ailleurs était vrais. Mais je ne m’en rendais pas compte, tout a mon admiration  devant des dessinateurs comme Ronald Searl  dont les dessins avaient une force incroyable et un trait indescriptible. Il y avait aussi la nouvelle vague chez les Tchèques, qui nous époustouflaient avec leurs dessins animés, d’un genre tout nouveau.

Quelques années auparavant, Juste après mon service militaire, dans ma petite ville de Verviers, Raymond Macherot « Auteur de la BD (Les rats Noirs)» qui habitait sur les hauteur, m’avait donné les premiers conseils techniques, comme par exemple l’importance  pour le dessinateur , d’avoir de bons instruments, comme les crayons, les plumes ou pinceaux.

Plus tard, à Bruxelles, à force d’aller sonner aux portes je fis la connaissance de Maurice Rosy (BD : Tif et tondu (comme scénariste) et BOBO( Comme dessinateur) Ce fut une bénédiction car, il attira mon attention sur l’importance de la psychologique et  

 la connaissance de soi. Il m’offrit même le premier livre de Pierre Daco, un ouvrage de vulgarisation sur la psychanalyse. Ensuite il me prodigua les premiers conseils pour la construction de personnages sympathiques pour mes mini récits.

Par exemple, il me disait qu’il fallait des bonshommes avec de grosses têtes et de petits corps dont les proportions étaient de une, deux ou trois fois la hauteur de cette même tête.

 Je souffrais de devoir réapprendre à dessiner autrement que ce qui était propre a moi c’est-à-dire des personnages ayant des proportions normales. Il était douloureux de laisser des influences et entre autre celle d’ Hergé, que j’admirais beaucoup.

Lorsque au bout d’un mois de travail,  mon premier petit récit « Qui s’y frotte s’ y pique » fut achevé, il me fallu passer par le jugement d’ Yvan Delporte, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire SPIROU. C’était un véritable petit tyran. Devant lui, il fallait être réellement « la main sur la couture du pantalon » pour ne pas se faire éjecter et avoir une chance, en écoutant religieusement ses conseils et ses impératifs, d’être publié. Il avait un talent certain, mais sa mégalomanie me faisait peur.

Je me suis senti humilié, mais j’avais un pied dans la place.

L’aventure pouvait continuer

par IWAN LEMAIRE - Travaux artistiques - Articles publié dans : Mémoire du passé
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